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La réforme des universités ne peut attendre
Par Philippe d'Arvisenet La nécessaire réforme de la gouvernance des universités passe par la dissociation entre les rémunérations et les grilles de la fonction publique et par une individualisation de la dépense à la charge des étudiants.
Une fois n’est pas coutume, la situation de l’université n’a pas brillé par son absence dans les débats électoraux récents. Un consensus est apparu quant au diagnostic et quant à la nécessité d’une réforme. Il est devenu difficile d’ignorer la mauvaise position des universités françaises dans les classements internationaux. Il est devenu difficile d’ignorer que les dépenses que la France consacre à l’enseignement supérieur sont, en proportion du PIB, bien inférieures à celles engagées par nos grands partenaires, avec une comparaison plus défavorable encore, si l’on s’en tient aux seules universités. Difficile aussi d’ignorer cette véritable exception française : une dépense par tête plus élevée dans le secondaire que dans le supérieur.
Tout cela résulte d’un choix politique effectué au milieu des années 80 visant à amener 80% d’une classe d’âge au niveau du bac et à ériger au rang de droit fondamental l’accès à l’université sans sélection, au nom d’un égalitarisme dont l’expérience prouve qu’il n’était malheureusement que de façade. De fait, la sélection s’effectue malgré tout, mais par l’échec dès la fin de la première année. Les diplômes sont dévalorisés, les filières se sont hiérarchisées, avec des effectifs qui gonflent dans celles qui offrent le moins de débouchés professionnels. Les services que l’on pourrait attendre de l’université : orientation, organisation de stages en entreprises, séjours linguistiques, formation au travail en équipe etc.) sont symboliques, voire inexistants, ouvrant la voie au creusement des inégalités au profit de ceux qui disposent de bons réseaux familiaux etc…
Chez nos partenaires, la spécialisation universitaire se fait plus tardivement, à l’issue d’un cursus ouvert sur une gamme plus large de disciplines, l’orientation se fait de façon positive, et non par l’échec. En conséquence, les disciplines n’y sont pas hiérarchisées, il n’y a pas de filières condamnées, ce sont les universités qui se différencient, mais les passerelles existent des moins prestigieuses aux meilleures pour ceux qui se révèlent être performants, autrement dit tout n’est pas inscrit dans le marbre dès l’entrée à l’université.
ÇA NE PEUT PAS CONTINUER
Un pays disposant d’un niveau de capital humain élevé (mesuré par la moyenne des années de scolarité de la population en âge de travailler) est-il en bonne position pour intégrer les technologies nouvelles? En fait, si mettre l’accent sur les formations primaires et secondaires se justifie dans des pays en phase de rattrapage économique comme le furent la France et le Japon des décennies d’après-guerre, cela ne suffit plus désormais pour les pays qui se situent à proximité de la frontière technologique ; ils ne peuvent compter sur l’imitation des technologies existantes pour asseoir leurs gains de productivité, il leur faut innover.
Les théoriciens de la croissance endogène ont mis en exergue, pour ce type de pays, l’impact significatif d’une année supplémentaire d’études supérieures (et non secondaires hormis les cycles professionnels courts) sur les gains de productivité à long terme. Cette question prend un relief particulier au cours des périodes caractérisées par des chocs technologiques majeurs à portée générale, dont les déclinaisons dans différents secteurs supposent elles-mêmes une capacité à innover (ex. électronique dans l’automobile)
QUE FAIRE ?
Pour en sortir, il faut accroître les moyens, l’enseignement supérieur est (ou devrait être) un investissement et non une consommation courante. Maintes recherches portant sur de vastes échantillons de pays ont toutefois montré qu’il n’existait pas de lien entre le montant des dépenses par étudiant et la qualité de l’expression écrite et orale ou encore le niveau en mathématiques. D’autres résultats suggèrent que l’autonomie des universités considérées isolément n’aurait pas davantage d’incidences. Dès lors que ni les moyens, ni l’autonomie ne constituent les conditions suffisantes, une réforme de la gouvernance s’impose.
Il s’agit d’abord de mettre un terme à un système où les représentants des étudiants (en fait des minorités agissantes si l’on se réfère au faible taux de participation des étudiants aux élections) et des personnels administratifs prennent part aux décisions sur la création de nouveaux enseignements ou jugent de la capacité de tel ou tel à exercer des fonctions d’enseignant chercheur.
Il conviendrait ensuite de mettre fin à la rigidité des rémunérations, en les dissociant des grilles de la fonction publique et en valorisant la recherche et la qualité de l’enseignement.
Par ailleurs, les universités doivent pouvoir recourir pour partie à des ressources propres, de sorte que les enseignements répondent davantage aux besoins de l’économie. On pourrait envisager un certain degré d’individualisation de la dépense à la charge des étudiants afin de les responsabiliser et de mieux refléter les écarts de coûts entre différents types de fonctions. Cela s’accompagnerait d’une refonte du système de bourses ou de l’instauration d’une caution publique des prêts étudiants assorties d’un véritable contrôle ex-post quant à l’assiduité des passages des examens et aux résultats obtenus. Etre confronté à des contributeurs qui peuvent « voter avec leurs pieds », est une chose, recevoir des dotations indexées sur le nombre d’étudiants en est une autre.
P. D.
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